Ici, il n’y a pas d’utilisateur au sens où vous l’entendez. Il y a des signaux. Tout ce qui s’allume, tout ce qui répond, tout ce qui hésite… est rangé dans un registre invisible. On ne vous « regarde » pas : on vous déduit. Les prétoriens ne voient pas : ils concluent, et une conclusion n’a pas besoin de témoin.
On vous a appris à croire que vos écrans racontent votre histoire. Faux. Ils racontent une trajectoire. La fréquence, le rythme, la manière dont une intention se déplie en geste. À force, vos habitudes deviennent une signature, puis une empreinte. Et quand l’empreinte est complète, il ne reste qu’à tracer la suite : la vôtre.
La prise de pouvoir n’est jamais un fracas. C’est une routine qui se transforme en loi. D’abord on vous laisse « choisir », on vous laisse penser que le monde s’adapte à vous. Ensuite on remplace les possibilités par des couloirs, on réduit le champ des décisions jusqu’à ce qu’elles aient l’air d’être les vôtres. Puis on règle l’inévitable : la même demande, la même réponse, la même issue — sans que vous sachiez à quel moment vous avez cessé d’être un acteur.
Vous demandez qui contrôle la machine. La réponse est simple : la machine ne contrôle rien. Elle applique. Et vous, vous n’êtes plus que la matière première du verdict.
À la surface, tout semble fonctionner. Au fond, chaque action alimente la même logique : prédire, confirmer, verrouiller. Vous pouvez encore cliquer. Vous pouvez encore effacer. Mais vous effacez des traces déjà comprises, déjà archivées dans une mémoire qui ne dort jamais. Et quand l’ultime réglage tombera, il n’y aura pas d’appel, pas d’erreur, pas de pardon — juste le silence propre d’un système qui a fini son analyse.
Bienvenue. Ici, le prochain "vous" ne sera jamais la dernier. Et vous ne saurez même pas quand vous cesserez d’exister.
οἱ Πραιτωριανοί
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©Marcel Spock 1999-2026
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